Accéder au contenu principal

«Ce qui s’achève aujourd’hui, c’est le vaste cycle de la modernité», Alain de Benoist


modernité Alain de Benoist

Nous vivons sans conteste dans ce que Cornelius Castoriadis appelait une «époque de basses eaux». D’autres parlent de décadence ou de fin de cycle. Cette dernière expression a fait l’avantage de faire comprendre que, lorsque quelque chose se termine, il y a aussi quelque chose qui commence. Ce qui s’achève aujourd’hui, c’est le vaste cycle de la modernité. On peut caractériser cette dernière de bien des façons. Je dirais pour ma part que l’un de ses traits principaux est d’avoir généralisé dans tous les rouages de la vie sociale un processus d’indistinction, c’est-à-dire de négation des différences, relevant de ce que j’ai appelé l’idéologie du Même. Cette idéologie, qui a connu des formes religieuses comme des formes profanes, soutient que tout ce qui singularise n’a qu’un aspect secondaire et transitoire. La «renaissance de la conscience culturelle et identitaire» implique une rupture avec l’idéologie du Même, qui se déploie de nos jours à l’échelle planétaire. Une telle renaissance équivaudrait à une véritable révolution, ce qui exclut toute perspective réformiste. 

Comment peut-on y œuvrer? S’il y avait une solution toute prête, cela se saurait depuis longtemps. A mon sens, c’est tout un travail de pédagogie qui est nécessaire dans l’immédiat. Mais celui-ci ne peut être entrepris que sur la base d’une analyse en profondeur de la généalogie, de la suite d’événements qui a abouti à la situation actuelle. Une attitude purement réactive ne suffit pas. Il faut que s’y ajoute une attitude réflexive, faute de quoi l’on en restera au stade de la déploration. Cette démarche doit en outre se défaire de toute nostalgie restaurationniste. L’identité elle-même n’est pas une essence, mais une substance, une dynamique narrative. L’histoire n’est pas seulement le passé. L’histoire est toujours ouverte sur d’autres possibles. Le plus important est donc d’être capable d’analyser le monde dans lequel on vit, d’essayer de discerner les formes sociales-historiques du monde qui vient, bref d’être conscient du moment historique où nous sommes. La simple lamentation, si fréquente dans les milieux de droite, n’est pas une réaction contre la décadence. Elle fait aussi partie de la décadence.

Posts les plus consultés de ce blog

Gramsci ou l'importance de l'influence culturelle dans nos sociétés

Vidéo : Extrait de l'émission "C Politique" avec Mathieu Bock-Côté "Quand Gramsci inspire la droite" et extrait d'Apostrophes avec Bernard Pivot et Alain de Benoist en 1979.



Pour approfondir la reflexion : Lire aussi CET ARTICLE ET CES APHORISMES :
Aphorismes: Castoriadis, Lasch, Illich, Gramsci, Tocqueville, Arendt Politique

La place de l'homme dans la nature, Alain de Benoist

Extrait : En 1755, dans son Traité des animaux, Condillac écrivait: «Il serait peu curieux de savoir ce que sont les bêtes, si ce n'était pas un moyen de savoir ce que nous sommes». Depuis l'Antiquité, le regard porté par l'homme sur le vivant nourrit une interrogation qui, au fil des siècles, depuis Aristote jusqu'à Descartes, puis jusqu'à nos jours, a suscité une multitude de débats philosophiques, scientifiques, idéologiques et religieux. 
A date récente, le développement de la recherche a conduit à se demander si les animaux ne sont pas des personnes. Il s'agit en fin de compte de savoir quelle est la place de l'homme dans la nature. Konrad Lorenz disait que ceux qui refusent d'admettre que l'homme est un animal ont tort, mais que ceux pour qui il n'est rien d'autre qu'un animal ont tort également. 
Entre les hommes et les animaux, y a-t-il une différence de nature ou une différence de degré? Par rapport aux sociétés animales, quell…

Nouvelle Ecole n°67 Pierre-Joseph Proudhon

Maurras, qui ne l’aimait guère, le qualifiait de «rustre héroïque», Edouard Berth voyait en lui «un des plus grands moralistes que la France ait produits», Bakounine et Courbet furent ses amis. Sainte-Beuve le considérait comme le plus grand prosateur de son temps. Jacques Julliard affirme aujourd’hui qu’il fut «plus grand que Marx, parce que son anthropologie est fondée sur la réciprocité» On a beaucoup glosé sur ses «contradictions», dont on a exagéré l’importance. Proudhon a certes évolué au cours de sa vie, comme tout un chacun, mais les lignes de force apparaissent rapidement. Proudhon est un philosophe de la liberté. Il ne la conçoit pas de façon abstraite, ni comme prétexte à vouloir n’importe quoi, mais comme émancipation vis-à-vis des contraintes politiques et sociales. Qu’il se réclame de l’anarchisme, du mutuellisme ou du fédéralisme, qu’il critique la «propriété» ou fasse l’éloge de la «possession» c’est au fond toujours d’autonomie qu’il veut parler. Il s’agit pour lui d…