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"C’est la confrontation qui rend l’identité possible", Alain de Benoist

Alain de Benoist identité

Toute identité, toute conscience identitaire, suppose l’existence d’un autre. Les identités se construisent par l’interaction sociale, si bien qu’il n’existe pas d’identité en dehors de l’usage qu’on en fait dans un rapport avec autrui. Il en va de même de l’identité ethnique, qui n’est jamais purement endogène, mais «se construit entre la catégorisation par les autres et l’identification à un groupe particulier» (Alain Policar). L’identité étant la langue qui nous est propre, toute langue implique un dialogue — le dialogue comportant lui-même une part possible de conflictualité, dans la mesure où il est une confrontation.

Toute identité est donc dialogique. Cela signifie que ce n’est qu’en partant de son identité dialogique que le moi peut devenir autonome. Mais cela signifie aussi qu’autrui fait partie de mon identité, puisqu’il me permet de l’accomplir. L’individualisme ne conçoit le rapport à autrui que sous un angle instrumental et intéressé : la seule justification du rapport social est qu’il accroisse mon intérêt ou mon épanouissement immédiat. Dans une optique communautarienne, le rapport social est au contraire constitutif de soi. Comme l’écrit Charles Taylor, autrui est aussi «un élément de mon identité intérieure». Le groupe, tout comme l’individu, a besoin de se confronter à des «autruis significatifs». Croire que l’identité serait mieux préservée sans cette confrontation est donc un non-sens: c’est au contraire la confrontation qui rend l’identité possible. Un sujet ne devient sujet que grâce à d’autres sujets. C’est pourquoi il faut poser, d’un même mouvement, qu’on ne peut pas respecter l’appartenance des autres si l’on n’assume pas la sienne et qu’on ne peut pas assumer la sienne si l’on ne respecte pas celle des autres.



Nous et les autres /Identité Alain de Benoist
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Les Portugais des régions septentrionales «accrochent aux branches des arbres diverses figurines pour annoncer Noël… Dans les provinces de Beiras, l’arbre est brûlé sur la place du village aux douze coups de minuit. L’assistance entonne des chants de Noël, appelés janeiras (Janus), et les plus jeunes, ou les plus audacieux, sautent au dessus du brasier»
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