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Les traditions de Noël, Alain de Benoist



 Noël, Alain de Benoist

Extraits du livre Fêter Noël d'Alain de Benoist, paru aux éditions Pardès, 1994

 Noël, Alain de Benoist«Dans la Marche de Brandebourg, pour la Fête du Solstice d’Hiver on entoure les arbres fruitiers d’une ceinture de paille 17 en leur disant: “Petit arbre, je te fais un cadeau: fais m’en un aussi” Ailleurs, pour la Neu Helle, les paysans allemands attachaient ensemble deux arbres fruitiers avec des liens de paille pour leur faire porter des fruits et disaient qu’ils étaient mariés.»

Les Portugais des régions septentrionales «accrochent aux branches des arbres diverses figurines pour annoncer Noël… Dans les provinces de Beiras, l’arbre est brûlé sur la place du village aux douze coups de minuit. L’assistance entonne des chants de Noël, appelés janeiras (Janus), et les plus jeunes, ou les plus audacieux, sautent au dessus du brasier»

«Bède le Vénérable rapporte qu’en 601, le pape Grégoire Ier enjoignit aux missionnaires anglais de s’employer à détourner de leur sens originel les traditions païennes les plus enracinées, plutôt que de les combattre ouvertement: «Il fallut donc recourir à l’artifice fréquemment employé et ouvertement admis par l’Église, et donner une signification chrétienne à ces rites païens irrépressibles.» Arthur Weigall, cité par Alain de Benoist dans son livre Fêter Noël.

Extrait du livre Les traditions d'Europe, éd. Le Labyrinthe, 1996
A propos de La Mère Neu Helle (qui était l’ancêtre du Père Noël et non pas sa femme): 
«Les lieux qu’elle honore de sa visite et dont elle accepte l’hospitalité, sont en fête. On n’entreprend pas de guerre, on ne prend pas les armes, tout objet de fer est enfermé. C’est la seule période de temps où la paix et la tranquillité soient goûtées. Cette description, on le remarquera, préfigure la trêve de Noël chez les Nordiques et le passage de Frau Holle/ Olé/ Berchta de maison en maison»

Extrait d'un entretien avec Nicolas Gauthier (Boulevard Voltaire)
A propos de la crèche : 
 Noël, Alain de Benoist
A l'origine, la crèche est une mangeoire pour animaux
À l’origine, elle [la crèche] est une mangeoire pour animaux telle qu’on en trouve dans les étables. L’évangile de Luc (2, 7) est seul à parler d’une «crèche», Matthieu (2, 11) se bornant à évoquer un «logis». Le mot grec employé dans l’évangile de Luc est phatnê, qui désigne une mangeoire ou un râtelier. Luc précise que Jésus est né dans une étable, parce que ses parents n’avaient pas trouvé de place dans la kataluma, terme qui ne désigne nullement une «auberge» ou une «hôtellerie», mais la salle d’hôtes d’une maison israélite. La vulgate emploie le latin praesepium, «enclos à bestiaux» (d’où l’italien presepe), tandis que le mot «crèche» vient du francique krippia (Krippe en allemand). Notons au passage que Joseph, père présumé de Jésus, n’est certainement pas allé à Bethléem pour s’y faire recenser (Luc 2, 1-5), pour l’excellente raison qu’à l’époque romaine les recensements se déroulaient, tout comme aujourd’hui, non sur le lieu de naissance, mais sur le lieu d’habitation.
Telle qu’on la trouve aujourd’hui dans les foyers chrétiens, la crèche de Noël, que François d’Assise passe pour avoir inventé en 1223 (ce sont en fait surtout les jésuites qui en ont généralisé l’usage au XVIe siècle), doit à peu près tout à la légende. On visite aujourd’hui à Bethléem une «grotte de la Nativité» dont aucun évangile canonique n’a entendu parler. La première mention d’une grotte figure dans les apocryphes, notamment le Protévangile de Jacques. Il en va de même du bœuf et de l’âne, qui n’apparaissent qu’au VIIe siècle chez le Pseudo-Matthieu, peut-être en référence à Isaïe (1, 3), à moins qu’il ne faille y voir comme l’écho du vieux culte préhistorique du cheval et du taureau. Au fil des temps, le décor proche-oriental s’est ainsi peu à peu estompé. Les «petits saints» (santoun, «santon») sont typiquement provençaux. Et l’arbre de Noël est un sapin, pas un palmier!
Le caractère originel de Noël ressurgit heureusement toujours. Noël est un rite de saisonnalité essentiellement familial en même temps qu’un temps social sacré. En tant que fête de la famille, Noël met à l’honneur tout ce que notre époque déteste ou méprise: le partage et le don, la gratuité, le désintéressement, la prodigalité dans la générosité, le potlatch généralisé. En tant que moment sacré, c’est une coupure immémoriale instituée dans le temps entre les nuits les plus longues et les jours qui renaissent, un rite de restauration ou de renouvellement, une expérience de communion.
La profanation commerciale et marchande de Noël à laquelle nous assistons depuis des décennies va de pair avec l’offensive contre les traditions de Noël, dont l’objectif profond est de nous faire croire que ces traditions héritées n’ont ni valeur ni autorité, que le passé n’a rien à nous dire et que le lien avec les ancêtres doit être brisé, voire, comme bien d’autres querelles picrocholines, de détourner les esprits de la grande régression sociale que nous vivons. Belle occasion de rappeler aux dévots de la crèche que, le soir du 25 décembre, des milliers de sans-abri ne sauront pas où… crécher.

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